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Article de blog « Je ne suis pas un immigrant »

Je suis né dans la campagne de la Nouvelle-Écosse. Mes racines sont profondément ancrées dans le sol canadien – plus profondément que la route transcanadienne, plus profondément que la Confédération elle-même. Pourtant, ici, dans la région du Grand Toronto, où je vis désormais, on me pose sans cesse la même question : « D’où venez-vous ? »

« Le Canada », je réponds.

La réaction est toujours la même : un air perplexe, un léger hochement de tête. La question qui suit, et qui me fait serrer les dents : « Non, d’où venez-vous vraiment ? Où sont nés vos parents ? »

Cela arrive bien trop souvent. Une femme à l'accent prononcé et aux bijoux ostentatoires a eu l'audace de me demander des précisions, comme si mon identité canadienne était en quelque sorte incomplète, voire frauduleuse.

Soyons très clairs : je ne suis pas un immigrant.

Des histoires qui traversent les générations

Mes deux grands-mères ont vécu jusqu'à un âge avancé. Elles me racontaient comment elles allaient à pied chez leurs propres grands-mères. Des histoires qui remontent à plusieurs générations de Canadiens noirs qui ont bâti leur vie, fondé une famille et contribué à ce pays bien avant qu'il ne s'appelle le Canada.

Il ne s'agissait pas de récits d'arrivée récente ou d'adaptation à une nouvelle patrie. C'étaient des histoires de foyer. D'appartenance. De racines si profondes qu'elles font partie intégrante des fondements mêmes de cette nation.

Les récits de mes grands-mères témoignent d'une réalité que trop de Canadiens ignorent : les Noirs ne sont pas tous arrivés ici hier ni dans les années 70. Nous ne sommes pas tous arrivés par le Quai 21, munis de papiers et rêvant d'une vie meilleure. Nous avons toujours été là.

L'hypothèse qui efface l'histoire

Chaque fois qu'on me demande d'où je viens « vraiment », on ne remet pas seulement en question mon identité ; on efface des siècles d'histoire des Noirs canadiens. On ignore les Loyalistes noirs arrivés en Nouvelle-Écosse dans les années 1780. On oublie les conducteurs et les passagers du Chemin de fer clandestin qui ont fait du Canada leur patrie. On minimise le rôle des pionniers noirs qui ont cultivé les prairies, ou celui des porteurs qui ont construit le chemin de fer. On ignore les familles qui ont bravé les rudes hivers des Maritimes pendant plusieurs générations.

Quand on part du principe que chaque personne noire est un immigrant, on réécrit notre histoire. On insinue que nous n'avons pas notre place ici, que nous sommes des étrangers perpétuels dans le seul pays que beaucoup d'entre nous aient jamais connu.

De la Tour CN aux quatre coins du Canada

Parfois, j'ai envie de grimper au sommet de la Tour CN et de crier à pleins poumons : « Tous les Noirs ne sont pas des immigrants ! Les Noirs étaient au Canada bien avant la fondation du pays ! »

Peut-être y parviendrai-je, à travers ce blog, à travers chaque article que j'écris, à travers l'art et des images positives qui illustrent toute la richesse de l'expérience des Noirs canadiens. Nos histoires méritent d'être racontées. Notre histoire mérite d'être connue. Notre appartenance mérite d'être reconnue.

Réapproprier notre récit

Je suis Canadien. Point final. Pas besoin de précisions. Aucune explication supplémentaire n'est requise.

Je suis la descendante de personnes qui ont survécu à l'esclavage, à la discrimination et au déracinement pour bâtir quelque chose de beau et de durable dans ce pays. Je suis le fruit de générations de résilience, de force et d'une détermination inébranlable à considérer le Canada comme mon foyer.

Mon identité canadienne est incontestable. Je n'aime ni le hockey ni le sirop d'érable. Elle ne dépend pas de l'approbation d'inconnus dans les épiceries ni des suppositions de voisins bien intentionnés mais malavisés. C'est un droit inné, acquis grâce aux luttes et aux triomphes de ceux qui m'ont précédé.

À tous les Canadiens noirs à qui l'on a demandé d'où ils venaient « vraiment » : vous avez votre place ici. Votre histoire fait partie de l'histoire canadienne. Votre présence n'est pas une anomalie, elle s'inscrit dans la continuité d'un héritage qui précède même ce pays.

Nous ne sommes pas des immigrants. Nous sommes chez nous.


Voici le premier d'une longue série de publications, je l'espère, célébrant l'identité, l'histoire et le sentiment d'appartenance des Canadiens noirs. Nos histoires comptent. Nos voix comptent. Notre place dans le passé, le présent et l'avenir de ce pays est indéniable.

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